Les entreprises françaises doivent prendre part au processus de reconstruction en Ukraine

02.05.2024 - Interviews

Quelles sont les principales opportunités sectorielles dans le cadre de la reconstruction de l’Ukraine ?

Le processus de la reconstruction de l’Ukraine offre des perspectives intéressantes et je suis témoin de l’intérêt croissant des entreprises françaises à explorer ces dernières. On constate à cet égard que la France est montée dans les rangs des fournisseurs de l’Ukraine, passant du 14e au 9e rang des exportateurs aujourd’hui. Dans le cadre de la reconstruction, il y a une attente spécifique autour des entreprises françaises concernant leurs savoir-faire et leurs compétences. Nous cherchons à les promouvoir, et ce, quelle que soit leur taille : les entreprises du CAC40, comme les PME, ETI et entreprises unipersonnelles.

L’Ukraine présente d’importantes opportunités sectorielles sur lesquelles nous essayons de mobiliser toutes les entreprises françaises : dans les secteurs de l’énergie, l’eau, l’assainissement, l’agriculture, du numérique etc. Schneider Electric ou encore Capgemini se sont clairement manifestés à ces égards. Il faut également noter les récents investissements majeurs de Xavier Niel sur le marché ukrainien des télécommunications. Le fait qu’un entrepreneur s’apprête à engager des centaines de millions d’euros dans un contexte de guerre marquera le secteur privé et offrira une vision industrielle attractive aux autres entreprises françaises.

Ces investissements français sont le résultat d’une part de la prise de conscience de notre engagement très fort vis-à-vis de l’avenir du pays, dont il convient de souligner la résilience dans de nombreux secteurs : les banques, les transports, l’électricité, etc. De l’autre, cette dynamique repose sur une trajectoire communautaire conduite et affirmée par l’ensemble des partenaires européens, qui se sont montrés ouverts aux négociations sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Avec le soutien américain, les partenaires de la France et de l’Ukraine s’inscrivent dans un soutien pluriel et dans la durée, qui constitue un réel gage de solidarité.

Les mutations des relations économiques entre nos deux pays sont finalement d’autant plus remarquables, une fois mises en perspective avec les difficultés rencontrées ces deux dernières années dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture ou encore des chaînes de valeur mondiales.

 

Comment les entreprises françaises peuvent-elles tirer leur épingle du jeu dans cette reconstruction, face à leurs concurrents stratégiques qui sont déjà présents dans le pays ?

Nous partons d’une implantation solide en Ukraine, véritable atout pour les entreprises françaises par rapport à nombre de nos partenaires. La France est en effet le premier employeur étranger en Ukraine, et compte deux des cinq plus grandes banques du pays. De grandes entreprises françaises sont par ailleurs déjà actives dans les secteurs du rail, du numérique ou de l’agribusiness et explorent actuellement les nouvelles opportunités qui s’y dessinent.

C’est un atout aujourd’hui qu’il ne faut pas gâcher face à une concurrence très forte venant notamment de la Turquie, de l’Allemagne, de l’Italie ou du Japon, pour ne citer que quelques concurrents. La reconstruction commence aujourd’hui, et ceux qui ne seront pas présents dans les prochains mois ne le seront probablement pas à la fin du conflit. C’est un élément à intégrer dans la manière dont les entreprises françaises se projettent dans les œuvres de reconstruction.

 

Comment l’Etat français aide-t-il les entreprises à se mobiliser en Ukraine malgré le contexte risqué ?

Les instruments pour soutenir les entreprises françaises qui hésitent à investir en Ukraine sont nombreux. Parmi eux, on peut noter le FASEP (Fonds d’Etudes et d’Aide au Secteur Privé) et les prêts concessionnels administrés par la DG Trésor, ou encore les dispositifs d’assurance-crédit à l’export déployés par Bpi Assurance Export et conjointement développés avec l’Ukraine.

Nous menons également un travail conséquent concernant le déploiement de nouveaux outils d’accompagnement du secteur privé, ainsi que l’approfondissement de la présence de l’AFD et de Proparco en Ukraine – notamment via l’assistance technique. Tous ces éléments, véritable boîte à outils au service des entreprises françaises, nous démarquent de la plupart de nos partenaires.

 

Pierre Heilbronn
Inspecteur général des finances, diplômé de SciencesPo, de Cambridge, du Collège d’Europe et de l’ENA, Pierre Heilbronn est depuis mars 2023 l’envoyé spécial du Président de la République pour l’aide et la reconstruction de l’Ukraine. Après avoir consacré cinq ans de sa carrière au ministère de l’Economie et des Finances, il devient en 2007 coordinateur de la Présidence du Conseil de l’UE au sein du SGAE, puis directeur de cabinet adjoint de la Commissaire européenne en charge des relations extérieures et de l’aide au développement en 2009. Il revient en 2010 au SGAE en tant que secrétaire général adjoint, et occupe en même temps, entre 2011 et 2012, la fonction de conseiller pour les affaires européennes du Premier ministre. Après un retour aux Finances en tant que directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Economie et des finances, il est Vice-Président en charge de la politique et des partenariats de la BERD entre 2016 et 2021.